02.02.2009
TELERAMA
CRITIQUE ![]()
Qu'il filme ses souvenirs sous forme de fiction, comme dans Distant Voices et The long day closes ou ce faux documentaire sur Liverpool, Terence Davies - comme tous les grands cinéastes, en fait - ne parle que de lui. Il y a du Proust chez cet homme qui a l'art de faire resurgir le passé - le temps perdu - non pas d'une tasse de thé, mais de sa pellicule. Mais un Proust râleur, furibard, qui, de sa voix rocailleuse, pourfend les objets de sa haine.
La royauté britannique, pour commencer : cette grotesque queen et son pantin de mari. Le pape, ensuite, symbole de toutes les religions oppressives. Et Dieu, pour finir, ce Dieu bergmanien, tout en silence face aux détresses humaines, et ce Jésus « aux yeux d'ange » que le jeune Terence priait obstinément, mais en vain, pour le délivrer du double « mal » qu'il pressentait en lui : son goût pour les jeunes gens et sa passion pour le cinéma...
Mais, dès lors que cessent les imprécations du pamphlétaire, la tendresse l'emporte. Pour les autres. Tous les autres. Ces anonymes, ces invisibles qui ont tiré leur grandeur de leur humilité. Silhouettes retrouvées dans des actualités d'hier ou saisies au vol, aujourd'hui, dans les rues de Liverpool, qui flânent ou se pressent dans des lieux désolés que seul leur espoir rend beaux. Un livreur de lait au petit matin ; un gamin ébouriffé qui quitte le lit où dort encore son nounours ; une femme qui nettoie ses vitres, une autre qui lave son linge au lavoir : magnifiés par ces travellings et ces musiques qui les suivent (Liszt et Peggy Lee !), tous semblent soudain revivre...
C'est évidemment un passéiste, Terence Davies, et c'est parfois agaçant : le foot n'était bien que lorsque « les joueurs ne levaient pas le poing en signe de victoire ». Et le rock, c'était génial, jusqu'à ce que des minettes hystériques se pâment pour quatre garçons dans le vent... Qu'importe, puisque ce passé idéalisé (« le pays des joies d'autrefois, les routes où j'allais, content, et que je ne puis plus rejoindre ») rend féeriques et fascinants ces fragments de douleur, ces pépites de plaisir éphémère, arrachés au gouffre du temps.

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